Alors que la treizième étape de la Transorientale passe par les plus grands déserts de Chine et de Mongolie, les concurrents auront peut être l’occasion d’écouter les fameux chants des dunes de sable. Cette mélodie, qui intervient dans des conditions particulières, a longtemps alimenté les plus folles rumeurs. Des légendes qui viennent d’être battue en brèche par la communauté scientifique.
De tous temps, les grands voyageurs ont constaté que les dunes de sable pouvaient émettre des sons intenses, quelquefois d'une grande qualité sonore. Au XIIe siècle, Marco Polo a entendu des chants de sable en Chine. Il les décrivait alors comme "des voix d'esprits [...] ou maints instruments de musique [...] ou comme le choc des armes". Sept cents ans plus tard, Charles Darwin a décrit les sons clairs provenant de dépôts sablonneux sur une montagne du Chili. Si ce phénomène a longtemps alimenté les conteurs et les mythes plus ou moins fondés, l’explication est aujourd’hui beaucoup plus rationnelle.
Elles seraient une cinquantaine de par le monde à posséder ce singulier talent, que ce soit en Afrique, au Kalahari, en Chine, dans le désert de Gobi justement, ou en Amérique dans la Vallée de la mort californienne. Ces Callas des sables produisent des sons tout à fait uniques et envoûtants. Ce ne sont pas des roulements, des grondements, des bruits de frottement ou de glissement mais bien des notes tenues, proches du vocal, avec une puissance importante. Le son a été mesuré à 110 décibels. Le seuil de tolérance pour l’oreille humaine étant de 120 décibels. Selon Stéphane Douady, scientifique qui a enregistré les vibrations dans plusieurs zones du globe, "c’est toujours la même note pour un sable donné mais en poussant le sable avec les mains, on peut enregistrer plusieurs notes".
Des pistes pour la prévention des avalanches
Malgré ce que la logique laisserait entendre, ce n’est pas la dune ni le vent qui produisent ces sons. "C’est un son qui est très grave... c’est le sable qui est musical... les dunes se forment car le sable est entraîné par le vent, puis est déposé en haut et retombe en produisant une avalanche qui produit ce son". Pour autant, le phénomène ne concerne par tous les déserts du monde. Il semble que ce soit la forme du grain de sable qui conditionne le bruit crée par la dune. "Il faut que les grains soient arrondis, bien triés et recouvert d’un verni, ce qui permet leur frottement les uns contre les autres. Du coup, au lieu de rouler tous dans le désordre quand ils descendent, ce qui ne fait aucun bruit, ils se mettent à rouler tous en même temps à peu près comme une troupe qui marche au pas…", constate Stéphane Douady.
Si vous vous retrouvez un jour sur une dune au Maroc ou ailleurs, tentez l’expérience en glissant simplement sur le sable. Le son variera en fonction du nombre de personnes qui glisseront avec vous. Cette "utopie poético scientifique" qui peut s’entendre à dix kilomètres quand elle se produit peut durer jusqu’à une dizaine de minutes, le temps que le sable s’écoule jusqu’au pied de la dune. Si l’on sait aujourd’hui que les "cordes vocales" doivent tout à la nature duale du sable, ce solide capable de couler, les scientifiques voient peut-être dans ce phénomène un prolongement possible dans l’étude des avalanches et de leur anticipation.