L’arrivée en Chine marque le passage d’un changement de tracé. Après les pistes de sable, les concurrents vont s’atteler aux parties sinueuses des contreforts de l’Altaï. Au point du globe le plus éloigné de tout rivage maritime, cette région isolée tente de s’ouvrir au tourisme de découverte. Ces confins de la Sibérie ressemblent à nos Alpes. Pourtant, nous sommes déjà ailleurs…
Retour en arrière : URSS, 1960. En pleine guerre froide, la lutte est aussi sportive entre russes et américains. En dehors des stades, la concurrence fait rage pour conquérir les quelques monts du globe encore vierge de toute présence humaine. Premier objectif pour les russes, gravir toutes les montagnes du pays, dont certaines dans la chaîne du Pamir avoisinent les 7 000 mètres d’altitude. Situés aux confins de l’empire soviétique (non loin de l’Himalaya et du sulfureux Afghanistan) mais toujours à l’intérieur des frontières et que l’on baptisait alors "pic du Communisme" ou "pic Lénine". Puis Gorbatchev et sa perestroïka firent éclater l’union et le Tadjikistan prit son indépendance en 1991. Exit, du même coup, le terrain de jeu des alpinistes russes. Pour continuer à pratiquer, il restait donc l’Oural (trop peu élevé), le Caucase (pas très sûr depuis quelques années) et… l’Altaï.
Décor. Une longue chaîne de montagnes, posée à califourchon entre la Chine, le Kazakhstan, la Mongolie et la Russie. L’épine dorsale culmine au Belukha, 4 400 mètres d’altitude. Au sommet de la montagne, l’alpiniste est situé au point du globe le plus éloigné de tout rivage maritime. 4 000 kilomètres. L’Altaï doit ressembler à nos Alpes avant l’urbanisation avec de vertes collines boisées qui évoquent celles du plateau helvétique. Elle représente une biodiversité exceptionnelle à une telle altitude. Ses cols ouvrent sur les horizons d’une Asie centrale sèche, rude et pelée, peuplée de bergers et de troupeaux de moutons mais aussi de loups, d’ours et de léopards des neiges.
Les momies de la discorde
Historiquement, l’Altaï garde surtout trace des Scythes (peuple nomade d’origine iranienne) qui l’ont occupé entre le huitième et le troisième siècle avant Jésus-Christ, y laissant plusieurs milliers de tombes. Parfaitement conservées en raison du climat froid et sec, ces sépultures ont d’ores et déjà livré aux archéologues de nombreux secrets sur le mode de vie de ces populations. Aujourd’hui conservés en partie au musée de l’Ermitage de Saint-Pétersbourg, les momies font toutefois l’objet de revendications identitaires de la part des populations de l’Altaï qui s’estiment dépossédées de leur propre patrimoine.
Aujourd’hui, la république de l’Altaï vit essentiellement de ses ressources naturelles : industries forestières et minières, hydroélectricité avec les barrages de Bukhtarma et d’Öskermen, agriculture et élevage. Auxquelles les élus aimeraient en rajouter une nouvelle : le tourisme de découverte. L’aménagement de certains sites proches des grands centres urbains a d’ailleurs déjà commencé et celui qui a voyagé un peu en Russie sous le régime soviétique ne retrouverait pas ses marques dans un pays dont les modes de fonctionnement ont été radicalement bouleversés.
Des petits villages de vacances accueillent maintenant le visiteur dans de jolies constructions tout en bois à qui l’on propose de pratiquer le raft ou la randonnée pédestre ou équestre. En attendant la future station de sports d’hiver qui pourrait sortir de terre dans les années à venir sur un site proche au bord d’un lac. Mais la première activité des lieus reste l’alpinisme avec ses monts à 4 000 mètres d’altitude. Des sommets que l’on ne peut rejoindre qu’avec l’un de ces véhicules à quatre ou six roues motrices dont les Russes ont le secret.
200 000 habitants sur un cinquième de la France
Si vous espérez croiser des populations locales, mieux vaut être patient et bon voyant. Déjà, le voyage d’une journée de vol depuis Paris, puis de deux autres en voiture peut en refroidir plus d’un. Arrivée sur place, les contacts se résument pour la plupart du temps à quelques silhouettes furtivement entr'aperçues sur la route et à la présence de chauffeurs du cru pour les véhicules tout terrain.
L’explication de ce no man’s land est simple. La république "indépendante" de l’Altaï regroupe à peine 200 000 habitants (dont 60 % de Russes) pour un territoire grand comme un cinquième de la France. La capitale, Gorno-Altaïsk, à 3 641 kilomètres de Moscou, n’en accueille même pas le quart et une seule route principale, construite par les Zeks, les prisonniers du goulag, relie les 248 villages répartis sur le territoire.
Contact de l’association Altaï Espinouse. Email : al_irina_berger@hotmail.com Elle organise des séjours de ski alpinisme, de ski nordique et de randonnée dans le massif.