Torgaï : Au Kazakhstan, une mer se meurt
Par Vincent Girard Le 19 06 2008
Aussi perdu soit-elle, au sud du Kazakhstan et à 3000 km de la France, la mer d’Aral n’a pas finie de faire parler d’elle. Grande comme le Portugal dans les années 90, cette étendue d’eau est aujourd’hui un lac desséché au milieu d’un désert. Les mesures de sauvetage trop tardives n’ont pu qu’atténuer l’ampleur de ce désastre écologique.
Perdue aux confins de l'Asie centrale, à cheval entre le Kazakhstan et l'Ouzbékistan, la Mer d'Aral, autrefois quatrième plus grande mer intérieure au monde, est aujourd'hui le symbole par excellence de la tragédie écologique. Si la Transorientale ne fait pas forcément office de symbole environnemental, son parcours, tracé par René Metge, respecte pourtant les particularités locales de chaque pays traversé. Et ce n'est pas un hasard si les valeurs de découverte et de partage sont au centre du discours des organisateurs. L'étape du jour fait passer les concurrents à 400 km au nord de la mer d’Aral. La caravane n'aura pourtant pas à regretter la vue du morne spectacle qui caractérise ce lieu. À une centaine de kilomètres de la mer, et en plein désert, des bateaux fantômes jonchent de leurs carcasses oxydées les herbes sèches et les sables brûlants. Un peu plus loin, c'est un port solitaire surmonté de grues qui apparaît, enveloppé d'un silence morbide, comme un mirage au milieu de nulle part. Seul les dessins du sable traduisent la présence passé de l’eau. Une mer oubliée que l'homme a fini par cacher au beau milieu des années soixante.
Les pieds dans le sable, à 100 km du rivage
Alors que l'Ouzbékistan est encore une république de l'Union Soviétique, Moscou décide de la transformer en un vaste champ cotonnier, engageant pour l'occasion des travaux d'irrigation colossaux. Deux fleuves alimentent alors la mer et ils sont littéralement détournés afin de subvenir aux besoins des 2 millions d’hectares de terres cultivés en plein désert ouzbek. Les conséquences sont rapides et dès les années soixante-dix, les eaux de la mer intérieure disparaissent sous l'effet combiné de l'évaporation et de la diminution du débit des deux fleuves. À partir de cet instant tout va très vite au point, qu'en à peine cinq années, certains villages côtiers se retrouvent les pieds dans le sable. En 1980, l'Aral reçoit dix fois moins d'eau douce qu'en 1950, sa superficie est divisée par deux et son volume par trois. Dans les années quatre-vingt-dix, la mer et son écosystème sont ravagés par l'augmentation du taux de salinité qui atteint des sommets. La faune et la flore, qu'elles soient terrestre ou maritime, subissent les assauts du sel et des vents souvent chargés de pesticides subtilisés au grès des champs de coton. Les poissons meurent asphyxiés et seules deux espèces parviennent encore à survivre dans une mer d’Aral suffocante. À l'heure actuelle, la mer s’est tellement asséchée qu'elle s’est coupée en deux pour former la Grande et la Petite Aral. Au point que si l'assèchement continue, l'étendue d'eau laisserait place au plus grand désert du monde. Sa surface actuelle ne représente déjà plus qu'un quinzième de sa taille d’origine.
L’espoir fait vivre…
Depuis quelques années pourtant, un souffle nouveau gagne Aral et ses 70 000 habitants, la principale ville dont la survie dépende de la mer qui porte son nom. La raison principale de cette embellie se trouve dans la construction à Aral en 2006 d’une nouvelle usine de poisson. Fermée depuis le milieu des années quatre-vingts faute de travail, cette usine a rouvert ses portes grâce à l'aide d'une ONG danoise et au retour du poisson en quantité dans la petite mer.
Équipée de congélateurs, l'usine peut aujourd'hui fonctionner toute l'année et stocker plusieurs dizaines de tonnes de produits. Une renaissance dû en grande partie aux travaux financés par la Banque mondiale à la fin des années quatre-vingt-dix et notamment à la construction d’un barrage de 10 km de long, financé à la surprise générale à hauteur de 2,5 millions d’euros par une population kazakhs déjà très pauvre. Un dernier espoir pour ce bassin de 50 millions d’habitants. Liens utiles
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