Les biocarburants montrés du doigt au sommet de la FAO
Par Vincent Girard Le 06 06 2008
À l’occasion du sommet de la FAO sur la sécurité alimentaire, les biocarburants se retrouvent au centre des débats, sur fond d’augmentation du prix des matières premières et des denrées alimentaires. Mais le consensus international sur la question est loin d’être une formalité.
En ouvrant le sommet de la FAO (Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture) à Rome mardi dernier, Ban Ki-moon, le secrétaire général de l’ONU, a adressé une mise en garde claire à la cinquantaine de chefs d’états et de gouvernements présents. Pour Mr Ban, "Rien n’est plus dégradant que la faim, surtout quand elle est le fait de l’homme". Premiers mis en cause, les biocarburants accusés d'avoir contribué à la hausse des prix alimentaires dans le monde depuis plusieurs mois et qui frappe particulièrement les 860 millions d’individus sous alimentées. Or, si rien n’est fait, la FAO estime à 100 millions le nombre de personnes susceptibles de basculer dans la famine d’ici à la fin de l’année.
Le Brésil sur la sellette
En ligne de mire, le Brésil, deuxième producteur mondial de biocarburant derrière les États-Unis. Pour les pays les plus pauvres présents à Rome, l’augmentation de la culture des biocarburants aurait contribué à réduire la surface de culture des aliments de base. Censé remplacé les énergies fossiles non renouvelables, le biocarburant se retrouve donc au centre des débats, alors que la crise alimentaire a déjà provoqué des émeutes dans plus d’une vingtaine de pays. Si le représentant de l’ONU a souhaité "un plus grand degré de consensus international" sur ce type de culture, accusé de participer pour un tiers à l'augmentation des prix agricoles, les solutions communes sont peu évidentes tant les discours diffèrent selon les intérêts de chacun. "Les biocarburants ne sont pas des bandits et ils peuvent devenir au contraire un outil important pour sortir les pays de l’insécurité alimentaire", s'est écrié mardi le président Brésilien Lula da Silva. À l’opposé, le président égyptien Hosni Moubarak, dont le pays est touché par les émeutes de la faim, a déclaré qu'il fallait "freiner la production de biocarburants", en lançant un appel pour "un dialogue urgent entre importateurs et exportateurs de produits alimentaires et énergétiques".
Un consensus qui s’impose

Or, à y regarder de plus près, on peut s’interroger sur l’impacte réel d’une production parfois surestimé. Au Brésil, les biocarburants sont produits uniquement à partir de la canne à sucre ce qui implique une plus faible réduction des cultures alimentaires. Par ailleurs, la totalité de l’éthanol est produite sur moins de 1 % des 340 millions d'hectares de terres agricoles du pays. L’inquiétude pourrait trouver sa source plus au nord. Les États-Unis, premier exportateur mondial agricole, compte réorienter d’ici 2022 un quart de leur récolte de maïs vers la production d’éthanol et l’UE prévoit que 10 % du carburant automobile sera produit à partir d’énergies biologiques d’ici 2020. Et si l’on ajoute à cela l’augmentation du prix du pétrole, les pays riches ne sont pas prêts de stopper la production de cette nouvelle énergie renouvelable. Une "organisation indépendante" regroupant l’ONU, la FAO, la Banque mondiale, le FMI et l’OMC pourrait être crée à l’issu du sommet pour trouver une solution rapide à cette crise. Découvrez aussi toute l'actualité >>> CO2 <> Environnement <> Ecologie <> Voyage <> 4x4
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